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lient les États parties – et pas seulement leurs gouvernements-, les pouvoirs Législatif et
Judiciaire, comme l’Exécutif, sont obligés de prendre les dispositions nécessaires pour que
la Convention américaine soit efficace sur le plan du droit interne. Comme on le sait, la
non exécution des obligations conventionnelles engage la responsabilité internationale de
l’État, par action ou omission, qu’il s’agisse du Pouvoir Exécutif, du Pouvoir Législatif ou
du Pouvoir Judiciaire. En résumé, les obligations internationales de protection qui, du fait
de leur vaste portée, lient tous les pouvoirs de l’État (...) » (par. 8-10).
III.
La Conceptualisation des crimes contre l’humanité au point de jonction
entre le Droit international des droits de l’homme et le Droit pénal international
26.
Dans mon Vote rationnel d’il y a quatre jours (toujours sous une contrainte de temps
impitoyable, et accentuée par les « méthodes » de travail actuelles accélérées de la Cour
interaméricaine, que je ne partage pas), dans l’Arrêt concernant l’affaire Goiburú et autres c. le
Paraguay (en date du 22.09.2006), j’ai situé la conceptualisation des crimes contre l’humanité
au point de rencontre entre le Droit international des droits de l’homme et le Droit pénal
international. Dans ce vote, je me suis permis de signaler que les crimes contre l’humanité
« sont perpétrés par des individus, quoique dans le cadre de politiques d’état, face à
l’impuissance ou à la tolérance, à la connivence ou à l’indifférence de la société qui ne fait
rien pour les empêcher ; explicite ou implicite, la politique de l’État est présente dans les
crimes contre l’humanité, avec parfois l’utilisation d’institutions, de personnels et de
ressources de l’État21. Il ne s’agit pas d’une simple action isolée menée par des individus
illuminés. Ces crimes sont froidement calculés, planifiés et exécutés.
La typification des crimes contre l’humanité est une grande conquête
contemporaine, et elle englobe, me semble-t-il, non seulement le Droit international des
droits de l’homme mais aussi le Droit pénal international, en reflétant la condamnation
universelle de violations graves et systématiques des droits fondamentaux indérogeables,
c'est-à-dire de violations du jus cogens ; d’où la non applicabilité, le cas échéant, de ce
que l’on appelle les statutes of limitations propres aux systèmes juridiques internes ou
nationaux 22. La configuration des crimes contre l’humanité est, de mon point de vue, une
manifestation supplémentaire de la conscientisa juridique universelle, de sa réaction
rapide face aux crimes qui affectent l’humanité dans son ensemble.
Les crimes contre l’humanité se situent au point de rencontre entre le Droit pénal
international et le Droit international des droits de l’homme. Revêtant une gravité
particulière, les crimes contre l’humanité ont été au départ liés à des conflits armés, mais
aujourd’hui on admet, dans une perspective humaniste, qu’ils ont également un impact
dans le domaine du Droit international des droits de l’homme (ainsi, dans les cas
systématiques de torture et d’humiliation des victimes), et qu’ils nient l’humanité dans
son ensemble en cherchant à déshumaniser leurs victimes23. Les crimes contre
.
Cf., dans ce sens, v.g., M.Ch. Bassiouni, Crimes against Humanity in International Criminal Law,
2nd. rev. ed., The Hague, Kluwer, 1999, pp. 252, 254-257. Il s’agit de la compréhension sous-jacente de
la Convention des Nations unies contre la torture qui, dans le cadre du Droit international, criminalise la
conduite des agents de l’État; ibid., p. 263, et cf. p. 277.
21
22
.
M.Ch. Bassiouni, op. cit. supra n. (21), pp. 227 et 289.
.
Y. Jurovics, Réflexions sur la spécificité du crime contre l'humanité, Paris, LGDJ, 2002, pp. 21-23,
40, 52-53 y 66-67. Et cf. E. Staub, The Roots of Evil – The Origins of Genocide and Other Group Violence,
23